Série personnelle

Les Lunes.

Une forme récurrente, trois médaillons lunaires, et une série qui s’est progressivement transformée en terrain de recherche sur la matière, la lumière et l’histoire du vitrail.

Naissance d’une série

De la matière à une recherche personnelle.

À l’origine, Les Lunes sont nées d’une envie très simple : mettre en valeur des verres d’exception, notamment des verres Youghiogheny, dont la richesse s’exprime particulièrement dans des pièces de dimensions modestes.

La répétition d’un même principe — un panneau vertical ponctué de médaillons circulaires — a peu à peu cessé d’être un cadre décoratif pour devenir un langage. D’une pièce à l’autre, les structures changent, les couleurs se déplacent, les textures prennent davantage de place et de nouvelles références apparaissent.

Chaque Lune reste autonome, mais chacune conserve quelque chose de la précédente et ouvre une piste vers la suivante.

« Rêverie de sélénites, ces panneaux sont des totems, d’abord passeurs de lumières et de couleurs, avant de se muer en narrateurs de l’histoire de l’Art du vitrail autour de médaillons lunaires… »
Adrien Coulissier — commissaire d’exposition
Évolution

Une forme constante, des recherches qui se déplacent.

Le cercle demeure, mais rien n’y est jamais tout à fait semblable. D’une Lune à l’autre, la matière, la lumière et le dessin des plombs déplacent le regard.

La série est née de cette envie : partir d’une forme volontairement simple pour laisser le verre exprimer toute sa diversité.

Détail rouge et orangé d’un verre Youghiogheny aux veines nuageuses
La matière

Tout commence par le verre. Certaines feuilles Youghiogheny semblent déjà contenir un paysage : veines, nuages, transparences, couleurs qui se fondent ou se heurtent. Plutôt que de contraindre cette matière, chaque Lune cherche à en révéler un fragment, comme si la composition existait déjà dans le verre et qu’il suffisait de la découvrir.

Médaillon rouge rayonnant au cœur d’une composition de verres texturés ambre et clairs
La vibration

La lumière ne traverse jamais deux verres de la même manière. Selon leur couleur, leur texture, leur épaisseur et l’heure du jour, les surfaces s’animent, s’apaisent ou s’embrasent. Le cercle devient alors un point de concentration : une présence lumineuse dont la perception change sans que sa forme ne change.

Composition de vitrail associant médaillons colorés et vocabulaire décoratif ancien
La mémoire du vitrail

Les Lunes restent profondément liées au vocabulaire du vitrail. Le verre découpé, les lignes sombres du plomb, les contrastes de matières et la lumière qui les traverse appartiennent à une histoire ancienne. Ici, ils ne racontent plus nécessairement une scène et ne répondent plus à une architecture : ils deviennent les éléments d’un langage libre, nourri par la tradition mais tourné vers une expression personnelle.

Dialogue avec l’Histoire

Regarder derrière soi pour mieux inventer.

Les Lunes entretiennent un dialogue discret avec le vitrail ancien. Non pas dans l’idée de reproduire ce qui a déjà été fait, mais dans celle de retrouver derrière les œuvres une manière de penser la forme, le rythme et la lumière.

Les verrières médiévales, romanes ou cisterciennes ont laissé bien plus que des images. Elles ont transmis un vocabulaire : lignes, bordures, réseaux, équilibres, répétitions, silences aussi. Autant de signes qui peuvent encore nourrir une création contemporaine.

Détails de vitraux anciens de Clairvaux, Saint-Thimothée et de la cathédrale de Chartres
Regarder

Regarder un vitrail ancien, c’est souvent commencer par un détail. Une courbe qui revient, une bordure qui conduit le regard, une ligne de plomb qui relie deux formes, un équilibre entre une couleur dense et une zone plus claire.

Ces fragments peuvent sembler modestes, presque secondaires dans l’ensemble d’une verrière. Pourtant, ils contiennent déjà une logique, une respiration, une manière d’organiser l’espace. C’est dans cette attention portée aux détails que certaines Lunes trouvent leur origine.

Lunes 10, panneau contemporain reprenant des dessins issus de quatre vitraux cisterciens
Transformer

L’inspiration ne prend véritablement sens qu’au moment où elle cesse d’être citation pour devenir transformation.

Lunes 10 reprend des dessins issus de vitraux cisterciens des abbayes de La Lucerne d’Outre-mer, de Pontigny, de Fontenay et de Clairvaux. Ces motifs, détachés de leur contexte d’origine, sont recomposés dans un panneau contemporain où ils rencontrent une autre lumière, une autre matière et un autre rythme. De la même manière, Lunes 9 et Lunes 11 dialoguent avec des fragments de Saint-Thimothée et de L’Enfance du Christ.

Lunes 11, panneau contemporain dialoguant avec des fragments de vitraux anciens
Transmettre

Regarder derrière soi ne signifie pas revenir en arrière. Les formes anciennes portent avec elles une mémoire : celle des gestes, des ateliers, des édifices et des générations de verriers qui les ont fait naître. En les accueillant dans une création nouvelle, cette mémoire ne reste pas figée ; elle continue à circuler.

Dans les Lunes, les références historiques changent ainsi d’échelle, de fonction et parfois même de sens. Elles deviennent rythme, matière, équilibre et lumière. La tradition n’est alors plus un modèle à reproduire, mais une présence avec laquelle continuer à créer.

Technique

Tiffany, transparence et lumière.

Chaque panneau est réalisé selon la technique Tiffany : chaque pièce de verre est entourée d’un fin ruban de cuivre puis soudée à l’étain.

Les verres cathédrale apportent la couleur et la profondeur ; les verres clairs texturés introduisent des vibrations qui modifient la perception du panneau selon l’heure, la saison et la position du regard.